Accompagnement d’étudiants du Collège de Rosemont pendant leur stage avec Arrivage

Nous constatons de plus en plus que nos choix technologiques peuvent avoir un impact social et environnemental.

Anne-Marie Burns, professeure en techniques de l’informatique et chercheuse au CÉRSÉ, partage son expérience d’accompagnement d’étudiants du Collège de Rosemont pendant leur stage avec l’entreprise à mission sociale Arrivage. Ce stage leur a permis de prendre conscience des enjeux liés aux choix technologiques dans leur future profession.

Peux-tu préciser ton apport en tant que spécialiste des sciences de l’informatique dans un centre de recherche plutôt axé sur les sciences sociales?

Le CÉRSÉ accompagne des entreprises d’économie sociale, il les accompagne au niveau de leur modèle d’affaires, il les conseille au niveau de leur forme juridique, il peut faire des ateliers de cocréation pour impliquer les futurs utilisateurs, les citoyens, etc. Par contre, il est important de réfléchir aussi au choix des outils technologiques. On a la perception que la technologie est neutre et qu’on n’a pas à avoir une réflexion là-dessus. Par contre, on se rend de plus en plus compte que ce n’est pas le cas. Que les choix qu’on fait au niveau technologique ont un impact sociétal, social, environnemental. Donc, il faut intégrer cette réflexion dans tout le processus, particulièrement pour des entreprises dont la mission est sociale, ou pour des entreprises qui veulent être écocitoyennes. Si l’écologie, la société, tous les enjeux sociaux sont importants pour ces entreprises-là, il faut être capable de les accompagner au niveau technologique.

Peux-tu nous parler du projet qui a été développé avec Arrivage?

Il s’agissait un stage qui a eu lieu entre 3 parties prenantes, qui sont les étudiants des techniques de l’informatique, donc des futurs développeurs, le CÉRSÉ comme organisme de recherche qui se pose des questions sur la responsabilité sociale des entreprises technologiques et sur leur impact écologique, et puis Arrivage, qui est une entreprise qui se donne comme mission de mettre en relation des agriculteurs et des chefs cuisiniers pour créer des circuits courts. Pour réaliser leur mission, ils avaient besoin d’un outil technologique.

L’idée était de créer un stage où des étudiants, avec un ingénieur d’Arrivage, pouvaient mettre en place cette plateforme. Ils ont pu, grâce au stage, participer à plusieurs étapes, autant au niveau de la recherche, qu’au niveau de rencontres avec des clients d’Arrivage, avec des agriculteurs et de chefs cuisiniers. Ils ont pu voir un ensemble d’enjeux que de leur point de vue de développeur ils ne voient habituellement pas. C’est un stage qui a permis d’éveiller les étudiants à la complexité des écosystèmes qui tournent autour des plateformes technologiques.

Quel a été le principal apport de ce stage pour les étudiants?

Les étudiants du stage sont des futurs développeurs qui vont arriver dans des entreprises et vont être amenés à développer du code pour différents types de plateforme, différents types d’applications. Et en tant qu’enseignante, je vois que les jeunes veulent développer des choses qui sont signifiantes, qui ont un impact positif sur la société. On le voit dans leur réflexion, ils ne veulent pas s’engager dans une entreprise dont ils ne partageraient pas les valeurs.

Normalement, en entreprise, ils sont derrière leur ordinateur et ont un contact assez limité avec les clients et encore plus limité avec tous les enjeux qui sont derrière ces clients-là. Dans le cadre d’un stage comme avec Arrivage, ça a ouvert des possibilités pour que les étudiants puissent rencontrer directement le client et l’entendent parler de sa problématique. Ça ouvre un monde sur tous les enjeux qui sont derrière les choix qu’on fait au niveau technologique. Ce n’est pas quelque chose auquel les étudiants ont normalement accès dans une classe, ou lorsqu’ils vont se retrouver dans une entreprise, et pourtant c’est assez fondamental, puisque ce sont eux qui développent les produits technologiques qu’on utilise tous les jours.

Le stage que les étudiants ont pu vivre avec Arrivage, ça a permis de les ouvrir à cette dimension. Ils ont vu l’aspect de la recherche qui se fait au CÉRSÉ, ils ont vu la situation réelle des utilisateurs de la plateforme Arrivage. Ils les ont vu parler de leur problématique, de leurs enjeux. Ils ont ainsi pu mesurer l’impact des choix technologiques sur la société et sur l’environnement.

Peux-tu me parler du programme de stage que vous avez développé à partir de l’expérience avec Arrivage?

Arrivage, c’était un projet pilote pour voir les fruits qu’allait porter cette idée de partenariat entre le CÉRSÉ, des étudiants en informatique et une entreprise à mission sociale. Étant donné qu’on a vu que ça a permis d’immerger les étudiants dans un monde auquel ils n’ont naturellement pas accès, on veut reproduire l’expérience. Nous faisons des démarches pour voir quelles entreprises pourraient être intéressées par ce type projet. Par contre, le frein principal est que les entreprises n’ont pas toujours une équipe sur place pour encadrer les stages.